Je viens de troquer mes vêtements « civils » contre un uniforme adapté au bloc opératoire : chemise en tissu ouverte dans le dos et ses accessoires en intissé (charlotte, slip hyper pas sexy, chaussons), j’attends sur un fauteuil roulant qu’on me mène au sous-sol où doit être pratiquée l’exérèse d’un cristallin s’opacifiant. Sur le mur en face de moi, comme un peu partout dans l’établissement, se trouve un des tableaux généreusement offerts autrefois par les Amis des Arts du Toulois. C’était une idée de Francis Michel, ancien maire d’Écrouves, un homme particulièrement généreux et bienveillant (paix à son âme !). L’initiative a été renouvelée et, à chaque fois, j’y ai participé. C’était il y a longtemps !
Celui
qui me concerne, accroché dans le box n° 0, (de travers, mais je n’ose pas aller
le redresser car je risquerais de contaminer mes beaux chaussons), j’en
reconnais l’auteur avant d’en avoir vu la signature. C’est une peinture à
l’acrylique de Marie Kiffer, pleine de fraîcheur, représentant Avrainville vu
depuis le jardin de notre maître, Claude Brocard. Nous y allions chaque année
en septembre, juste avant la rentrée du club, pour y partager quelques agapes
façon auberge espagnole. Francis avait pour coutume de cuisiner, pour
l’occasion, un délicieux foie gras mi-cuit en terrine qui s’harmonisait à la perfection
avec le Jurançon de JCD. Colette préparait immanquablement une salade de pommes de terre. Apéro, vins
fins et mirabelle contribuaient à mettre de l’ambiance. Nous étions aussi
censés peindre le matin tandis que les conjoint, non peintres, tenaient
compagnie à Jean qui faisait chauffer le barbecue mais aussi l’après-midi, sauf
ceux qui faisaient une sieste dans l’herbe fraîchement tondue. J’avoue que,
certaines fois, je préférais regarder les autres travailler… avec généralement
de meilleurs résultats que moi, dans ce cas, je passais mon aquarelle sous
l’eau, ou du blanc sur ma toile.
Le
soir, quelques inconditionnels, dont je faisais partie, se dévouaient pour
finir les restes de taboulés, de salades et de grillades, ainsi que les
bouteilles. Nous nous attardions jusque tard dans la nuit. Francis (RIP) ne
manquait jamais de raconter l’histoire du grand dabe, avec un accent dont il
avait le secret.
